Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement : le leadership au féminin entre dans l’histoire du Maroc

Kaoutar Boumadi / Bureau de Casablanca

Le mardi 29 septembre 2026 restera une date marquante dans l’histoire politique de notre pays. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a reçu au Palais royal de Rabat Mme Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collective du Parti Authenticité et Modernité, et l’a nommée Cheffe du Gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution, en la chargeant de former le nouveau gouvernement. Pour la première fois, une femme dirige l’exécutif marocain. Au-delà de la portée symbolique de cette nomination, c’est toute la question du leadership au féminin au Maroc qui est mise en lumière. Dans cet article, nous revenons sur ce que cette nomination nous enseigne et sur ce qu’elle exige de nous tous

Un parcours construit étape par étape : Fatima Ezzahra El Mansouri n’est pas arrivée à la tête du gouvernement par hasard. Née à Marrakech en 1976, elle a étudié le droit privé à l’Université Mohammed V, avant de poursuivre ses études supérieures à l’Université de Montpellier et de se former au droit des affaires à l’Université de New York. Avocate au barreau de Marrakech, elle s’engage ensuite en politique : première femme à présider le conseil communal de la ville ocre, députée pendant deux mandats, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville à partir d’octobre 2021, puis coordinatrice de la direction collective de son parti en 2024. Ce parcours porte un message clair : le leadership ne s’offre pas, il se construit par la formation, l’expérience du terrain et la capacité à assumer des responsabilités

Un aboutissement inscrit dans une dynamique nationale : Cette nomination ne vient pas de nulle part. La Constitution de 2011 consacre, dans son article 19, l’égalité entre l’homme et la femme dans les droits et libertés, et engage l’État à œuvrer pour la réalisation de la parité. Les mécanismes de représentativité ont permis à de nombreuses femmes d’accéder aux institutions élues et d’acquérir l’expérience qui les prépare aujourd’hui aux plus hautes fonctions. La femme marocaine occupe, au même pied d’égalité que l’homme, des responsabilités de premier plan, et ce moment historique en est la plus belle illustration

Du symbole à l’action : Il serait réducteur de s’arrêter à la « première historique ». Une femme leader n’a pas besoin d’un traitement d’exception : elle doit être jugée sur les mêmes critères que tout responsable, à savoir les résultats, l’efficacité et la proximité avec les préoccupations des citoyens. Il faut le reconnaître, la nouvelle Cheffe du Gouvernement sera sous un double regard : celui des citoyens qui attendent des résultats concrets, et celui de ceux qui jugeront, à travers elle, la capacité des femmes à diriger. C’est une pression que ses homologues masculins n’ont jamais eu à porter

Le rôle des entreprises et des organisations : Dans mon métier, le recrutement et le développement des talents, je rencontre chaque jour des femmes brillantes, diplômées et ambitieuses. Pourtant, le « plafond de verre » reste une réalité : promotions qui tardent, difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale, stéréotypes qui font douter de leur légitimité à diriger. Voir une femme à la tête du gouvernement envoie un message fort à chaque jeune Marocaine. Mais un modèle ne suffit pas. Il est impératif que les entreprises marocaines identifient et accompagnent les talents féminins dès le début de carrière, rendent leurs processus de promotion transparents et équitables, et proposent une organisation du travail qui permette de concilier les deux vies

Sensibilisation et changement de mentalité : Le changement passe aussi par l’éducation et les médias. Il est important de déconstruire les stéréotypes dès l’école, de donner de la visibilité aux femmes qui réussissent dans tous les secteurs, et d’encourager les jeunes filles à oser les filières et les postes de responsabilité. La composition du futur gouvernement sera d’ailleurs un premier test : une présence féminine significative dans les départements stratégiques montrerait que ce moment n’est pas une exception, mais le début d’une nouvelle ère

En conclusion, la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement est une étape historique, mais elle n’est qu’un début. La question à se poser est simple : saurons-nous transformer ce moment symbolique en une dynamique durable, dans nos institutions, nos entreprises et nos familles ? La compétence n’a pas de genre, et le leadership appartient à celles et ceux qui s’en donnent les moyens. Ensemble, bâtissons un Maroc où chaque talent, femme ou homme, peut accéder aux plus hautes responsabilités

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